Medellin, ce phénix!

Carnet de Voyage – Mercredi 12 au Dimanche 16 septembre 2018

1h avant notre arrivée à Medellin (qui, nous le découvrirons, se dit « Médéjine »), des hommes armés et en uniforme entre dans le bus et demande aux hommes de descendre. Bien, Aurore n’est pas du tout flippée. 20mn plus tard, Bastien a été fouillé à 2 reprises, les sacs cabines ont été contrôlés par les policiers à l’intérieur (hormis les nôtres) tandis que les sacs en soutes étaient également contrôlés par une seconde équipe (hormis les nôtres aussi, nos backpacks les ont fatigué par avance et nos passeport FRANÇAIS ont suffi à les rassurer). Nous pouvons repartir ! Cela ne semblant étonner personne, nous supposons que ce ne sera pas notre dernier contrôle…

Medellin a été, pendant des années, la ville la plus dangereuse au monde, rien que ça, et c’est en grande partie à cause d’elle que le pays a une si mauvaise image à travers le monde. Mais on le sait, cette époque est révolue, et la ville mérite que l’on s’y attarde désormais quelques jours pour découvrir ses curiosités.

Nous commençons sa découverte par un free walking tour proposé par Réal city, le lendemain de notre arrivée. Très populaire sur les blogs on vous le recommande également ! Avant de commencer, on vous redonne le principe : vous vous inscrivez en ligne jusqu’à la veille, on vous donne un point de rendez-vous, où un guide vous attend. Vous partez avec lui pour quelques heures, et à la fin, vous choisissez de donner la somme que vous souhaitez. Ce système a pour nous de nombreux avantages : prix réduit vis-à-vis d’un tour classique, guides ultra motivés (forcément, sa paye en dépend), convivialité… Le seul petit bémol pourrait être le nombre de personnes présentes, qui est rarement limité, cela peut vite devenir compliqué pour suivre toutes les informations.

Julio, medellinien de 36ans ayant connu les heures sombres de sa ville natale, nous parle avec passion de la « vraie » Medellin. Medellin n’est pas jolie, hormis quelques constructions que l’on doit à un architecte Belge (et encore, certaines ne sont jolies que sous certains angles, faute de budget pour pouvoir finir le bâtiment) et les statues de Botero sur la place du même nom : ailleurs, les immeubles de briques rouges en mauvais États se succèdent.

 
 
 

Le centre est vivant, mêlant touristes colombiens et étrangers, travailleurs et sans abris. La poudre blanche semble être un sujet très sensible mais à tous les coins de rue la marihuana se fait sentir sans grande discrétion…

 
 
 

Julio nous explique quels quartiers sont encore sensibles mais en faisant attention dorénavant nous pouvons tous les parcourir. Seul contrainte « no tocar la papaya » que l’on peut traduire par « ne tente pas le diable » (ou ne pas donner la papaye… ?!). Ici comme ailleurs les pick-pocket sont nombreux, et exhiber de coûteux appareils pourrait se retourner contre vous. Une fois cet avertissement assimilé, tout devrait bien se passer pour vous ! 

Par respect pour les medelliniens qui nous entourent et qui essaie parfois de s’incruster pour comprendre ce que l’on vient racouter ici à un groupe de 20 touristes, nous n’évoquerons jamais le nom de Pablo Escobar, les cicatrices de sa présence ici étant encore bien présentes, mais Julio prendra soin de nous récapituler toute l’histoire de la Colombie, et évoquera obligatoirement cette période. C’est bien l’une des plus sombre du pays, pas seulement à cause du célèbre baron de la drogue puisqu’après sa mort, le business et les massacres continuèrent durant de nombreuses années. 

Tandis que nous marchons à travers la ville, de nombreux colombiens nous arrêtent : « Salut à vous ! Soyez les bienvenus en Colombie ! » et autres marques de sympathie se succèdent… Non, c’est dorénavant certain, la ville n’a plus rien à voir avec ce qu’elle a pu être, et nous sentons que les habitants sont contents de voir les étrangers revenir.

Nous quittons Julio après 3h30 de discussions sur sa ville et son passé. Comme pour symboliser tout ceci, nous terminons sur l’une des place ou les colombiens aiment se rassembler, touchée par un attentat. La sculpture devant laquelle était posé l’engin explosif est toujours là, déchirée par l’explosion : pour Medellin, il ne s’agit pas d’oublier, mais bien d’avancer et de renaitre de ses cendres ! Nous vous conseillons de débuter votre visite par ce Free Walking Tour, qui vous donnera un tout autre regard sur la ville pour la suite.

 

Une averse importante immobilisera notre groupe pendant une bonne demi-heure, puis nous décidons de compléter la journée histoire par le « musée de la mémoire », conseillé par notre guide, et gratuit.

Un musée bien fait et interactif mais qui manque à notre goût d’explications sur la chronologie des événements. C’est une profusion de documents et de sources, dans tous les sens, et nous avons du mal à catégoriser l’information. Cependant, il faut avouer que pour les bilingues espagnol ce doit être bien plus facile et le travail de mémoire est remarquable et nous a touché, le but n’est pas autre.

 
 

Dernière envie du Jour, le marché de la Minorista. Un grand marché dont Aurore à entendu parlé pour ses fruits exotiques et où elle aimerait en acheter de différentes sortes pour que l’on découvre leurs goûts tranquillement à l’hôtel.

À voir sur maps.me l’itinéraire n’est pas compliqué c’est tout droit. Sauf que 1km avant notre arrivée au marché, on se rend compte que le quartier dans lequel nous sommes n’est absolument pas « recommandable ». Péripatéticiennes, camés, dealeurs, sans abris, vendeurs à la sauvette, tout y est sauf le moindre uniforme. Bastien accélère sérieusement la cadence et c’est au pas de course que nous traversons les lieux. Un sale quart d’heure au milieu de ces rues, on ne nous y reprendra plus ! Mais en même temps difficile de le deviner à l’avance sans guide papier avec nous. Certes, la ville a bien changé, mais certains coins concentrent encore une grande misère, notre découverte « running » aura au moins eu le mérite de nous le faire découvrir. Non, le voyage, ce n’est pas toujours tout beau, même si ce côté-là nous ne l’abordons que peu souvent (il faut dire que ce n’est pas l’image que nous voulons garder de notre découverte).

Le marché atteint on respire et on profite. Les étals de fruits sont nombreux, et nous choisissons au hasard 6 fruits différents, tout en essayant de ne pas se faire plumer sur les prix. On descend ensuite au sous-sol du marché pour trouver notre diner. L’ambiance de ce marché ne nous a pas réellement plus, assez sale et bordélique, il n’y fait pas particulièrement bon flâné : venez, achetez, repartez. Décidément les marchés colombiens ne nous enchantent pas…

À Bogota, notre hôte nous a conseillé de découvrir 2 parcs très atypiques de Medellin. Le premier, le parc Arvi, se trouve sur les hauteurs de Medellin. Accessible en câble car, le trajet pour s’y rendre vaut à lui seul le déplacement puisque nous avons une vue en hauteur sur toute la ville, installée dans une cuvette. Et quelle ville ! Nous ne nous attendions pas à ce qu’elle s’étende aussi loin de son centre. Apres un premier téléphérique, nous changeons à Santo Domingo pour le parc Arvi. On survole les bidonvilles et leur rythme de vie tellement à l’opposé de ce qui se passe seulement quelques kilomètres en contrebas, puis, soudainement, nous ne voyons plus que de la forêt tropicale.

 
 
  
 

Voilà tout l’intérêt du parc, une nature luxuriante et préservée à seulement quelques minutes de l’effervescence de la ville. Une seule ballade est accessible gratuitement et sans guide mais cela devrait nous suffire. Malheureusement quelques minutes avant l’arrivée une pluie diluvienne s’abat de nouveau, et le ciel est tellement noir que nous prenons la décision de rester dans le téléphérique sans même descendre pour faire demi-tour. A quoi bon aller se tremper pour ne rien voir, et repayer un ticket ? C’est pour une fois sans regret que nous abandonnons cette balade.

2 jeunes femmes nous rejoignent dans la cabine pour la descente, et comme souvent avec les colombiens la discussion s’engage tout naturellement (avec notre espagnol approximatif, rappelons-le). Elles non plus n’ont pas pu sortir de la « gare », la pluie étant bien trop forte. Les chemins que nous voyons sous notre cabine sont désormais impraticables, gorgés de boue. 

Tant pis, on ne peut pas gagner à tous les coups, on commence à le savoir. Nous retournons donc du côté de Santo Domingo pour prendre des photos panoramiques de Medellin et manger dans un petit restaurant caribéen, histoire de changer un peu. Aujourd’hui c’est la saint Valentin en Colombie, nous sommes servi avec des « voilà mon amour » à profusion et dégustons 2 bons plats typiques de poissons. Sachez-le, la chaleur des caraïbes mixée à la gentillesse des colombiens est un mélange parfait !

 

 

La pluie nous rattrape une nouvelle fois, et nous retournons au téléphérique pour rejoindre le parque explora. Le parque explora, c’est en quelque sorte la cité des sciences de Medellin. Une activité idéale en temps de pluie et dont nous avons entendu beaucoup de bien.

L’entrée est onéreuse pour le pays, 8€ par personne. Bien sûr comparé à leurs homonymes européens, c’est presque donné pour nous !

On commence par un aquarium atypique puisque de nombreux poissons d’eau douce sont exposés, ce que nous avons dans de bien moindres mesures dans nos équivalents européens !

 

Un vivarium permet également de découvrir des espèces endémiques du pays et complètement inconnues pour Aurore. Un avant-gout avant de mettre les pieds en Amazonie…

 
Nous découvrons ensuite la partie sciences, sur 3 grands espaces à 2 niveaux chacun. Nous y passerons 3h en tout mais la cité des sciences nous a quelque peu déçu. Les familles de voyageurs devraient y trouver leur compte mais en tant que jeunes adultes nous ne nous sommes pas autant « amusés » que nous le pensions, l’interactivité n’étant pas aussi poussée qu’ailleurs.
 

À la sortie de la cité, un festival de livre est installé dans le superbe jardin botanique de la ville. Un événement conséquent avec concerts en plein aires et des dizaines de libraires et de stands divers. Il y a beaucoup de monde, on y fait rapidement un tour avant de rentrer, mais le parc en tant que tel vaut bien le détour ; il parait que vous pourriez même y rencontrer quelques colibris…

 

Ce soir, faute de places et parce que nous avons décidés de rester à Medellin une nuit de plus un peu tardivement, nous dormons en dortoir mais dans un lit double. Notre séjour à Medellin est vite passé mais avant de la quitter, nous souhaitons participer au free walking tour de la comuna 13 organisé par Zippy Tour cette fois-ci.

A savoir concernant les free walking tour de Medellin, certains vous proposent de partir sur les traces de Pablo Escobar, en visitant les lieux de ses crimes, de sa vie etc… Trop voyeuriste (et nous l’aurons compris très dérangeant pour les colombiens), nous avons fait l’impasse, et nous ne pouvons que vous inviter à en faire de même… Certains tours payant vous proposent même de visiter son ancien appartement, le lieu où il a été tué, ou la prison dans laquelle il a été incarcéré, avec comme guide son ancien bras droit (accusé de nombreux meurtres et autres attentats) ! Génial…

Notre rendez-vous à nous est tout autre : nous nous rendons à 10h au terminus de notre ligne de métro pour rencontrer notre guide du jour.

Apres 15mn de marche, notre guide originaire de la Comuna 13 nous fait son introduction.

L’histoire de ce quartier est incroyable.

Medellin est entouré de montagnes qui donnent accès à l’ouest à l’océan et donc à l’import/export de marchandises plus ou moins légales (vous nous voyez venir). Dans les années 70 ces montagnes sont devenues infréquentables, sous l’emprise totale des narco trafiquants se servant de cette voie pour exporter leur marchandise blanche. Les familles y étant jusqu’alors installées ont donc décidés de rejoindre la ville de Medellin pour des raisons de sécurité mais faute d’argent, cette population pauvre s’est installée en périphérie de Medellin sur un flanc de montagne alors interdit à la construction pour des risques d’éboulements lors des saisons des pluies : la future « COMUNA 13 » est née.

S’en est suivi des années de guerres entre le gouvernement et les habitants de ce bidonville, zone de non droit suspectée d’abriter le cœur de certains des cartels les plus puissants du pays. Rasé à plusieurs reprises, les familles ont reconstruit à chaque fois.

Et puis dans les années 80, le trafic se déroulant jusqu’ici principalement dans les colines environnantes a atteint Medellin avec comme voie d’accès la fameuse comuna 13. Ce quartier alors complètement dépourvue de surveillance policière est devenue le repère des trafiquants, une espèce de « pépinière d’entreprise » en pleine essor. L’horreur fuit dans les montagnes rattrapera inexorablement les familles venues s’installer ici. Afin de « protéger » la population, des cartels rivaux de narco trafiquants se sont imposés dans les quartiers pour faire régner l’ordre et vendre leur protection. Bien évidemment tout ceci a mal tourné et la terreur s’est installée. Des  milliers d’innocents ont été tué : fusillades, bombes, meurtres et disparitions ont fait d’innombrables victimes.

C’est avec beaucoup d’émotions que nous écoutons l’histoire de ces ruelles, si récente au milieu d’un parc qui nous aurait été formellement interdit il y a seulement quelques années, et où il aurait été inimaginable de venir il y a 30ans.

Apres la mort de Pablo Escobar, le business a continué avec d’autres têtes de rangs, et les meurtres se sont amplifiés entre cartels rivaux : il n’y avait plus de grand patron, tout était permis.

 Ce n’est qu’à la fin des années 90 que le gouvernement colombien a réussi à ramener la paix au sein de la Comuna 13, en l’intégrant durablement au développement de la ville, et en l’ouvrant aux autres quartiers. 

Aujourdhui la comuna 13 est une véritable galerie d’art à ciel ouvert. Des tags par centaines permettent de garder en mémoire l’histoire du quartier et sa renaissance, et la guerre qui se déroule ici se joue maintenant à coup de bombes aérosols. Certaines œuvres sont tout simplement incroyables de finesse, de justesse et de réalisme.

  
  
  
   
 
 
  

Curiosité, des escalators permettent de rejoindre le haut du quartier en seulement quelques minutes : cela fait partie de la stratégie de la ville, permettre aux gens de circuler vers et hors de ce quartier jusqu’alors isolé. Le quartier est désormais complètement sur (bien sûr, gardez en tête l’histoire de la papaye…) et nous sommes accueillis avec de grands sourires. Notre guide a grandi ici, et connait chaque gamin du coin : pas de mensonge possible lorsque ses petits voisins l’encerclent pour aller jouer au foot dans les ruelles en pente voisines.

C’est ainsi que l’on finit notre découverte de la surprenante Medellin. Les free walking tour nous ont permis de découvrir Medellin par son histoire et c’est ce qui la rend belle à nos yeux. Comme nous le disions précédemment, commencer sa visite de la Colombie par Medellin vous donnera un tout autre regard sur votre voyage !

Il est l’heure pour nous de rentrer en vitesse pour récupérer nos sacs et filer au terminal de bus Sud. Prochaine étape : El Jardin ! (à prononcer Rardiin, on vous voit venir !)

A bientôt!

Aurore & Bastien

 

Infos voyageurs:

  • Métro 12 voyages pour 8€, achetez une carte pour 2 personnes et passez la 2 fois.
  • Hostal Casa paraiso, 11,50€ la nuit en chambre double privative, 8€50 en dortoir. Un hostal aménagé dans une grande maison typique, toute équipée et au personnel adorable. le gérant parle un très bon anglais et vous aidera pour toutes vos excursions et demandes. a 300m du métro et d’une grande surface. situé dans le quartier de laureles ce n’est pas le plus prisé des touristes mais proche de tout, il nous a très bien convenu.
  • Cable car Parque Arvi 1,50€ par personne l’aller
  • Parque explora 7,20€ l’entrée par personne
  • Taxi Laureles – Terminal sud 3,60€
  • Bus Jardin 7,30€ par personne

premiervol

Aurore et Bastien vous proposent de suivre l'aventure TOUR DU MONDE, de l'idée, au retour en France, en passant par le premier vol en Janvier 2018.

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :