16h sur le toit du Guatemala

20h30, nous sommes installés avec nos amis guatémaltèques autour du feu, à notre camp de base.

Nous sommes à 3600m d’altitude, El Fuego crache sa lave dans la nuit noire à seulement 2 kilomètres de nous.

Notre guide n’a que 22ans, mais il monte l’Acatenango et emmène locaux et voyageurs à son sommet depuis ses 10ans. Notre compagnon d’ascension, Eloï, lui demande : « Raconte nous quelque chose à propos de ce volcan ! ».
Le regard de notre jeune guide se perd dans les flammes, et un lourd silence s’installe. Un second guide, plus âgé, nous rejoins quelques minutes plus tard, Eloï se tourne vers lui cette fois-ci, et formule une nouvelle question que nous n’aurions nous même pas osés envisager.
« Dites nous quelque chose sur ce monstre, racontez nous ce qu’il s’est passé lors de son éruption, il y a 2 mois ! ».
Le regard du second guide se plonge également dans les flammes, et son visage se durci.
« Je ne vais pas te raconter ce qu’il s’est passé ce jour là, mais je vais te raconter ce que mes amis et moi avons vécus.»

De notre côté, nous savons que El Fuego a fait environ 200 victimes dans la matinée du 4 juin, lorsqu’il est entré en éruption alors que rien ne le laissait présager. Les victimes appartenaient principalement à 2 petits village, dont la plupart des hommes travaillant sur l’Acatenango sont originaires.

« L’éruption s’est déroulée le samedi 4 juin sur les coups de 11h, mais pour nous cela commence quelques jours avant, le mardi.
Alors que nous étions sur l’Acatenango, nous avons rencontrés un homme, seul et sans équipement sur le flanc de ce volcan.
Cet homme, que nous apprendrons être fou par la suite, disait avait eu une vision la nuit précédente : il devait se jeter dans le cratère de El Fuego pour ensuite revenir à la vie, 3 jours plus tard. L’un des guides a raccompagné cet homme au village, auprès de sa famille.

Le lendemain, un second guide a retrouvé cet homme, nu, errant de nouveau sur l’un des flancs de l’Acatenango. L’homme voulait de nouveau se jeter dans le feu d’El Fuego, le sommet voisin. Malgré beaucoup d’insistance, les guides n’arriveront cette fois-ci pas à ramener cet homme au village et le perdrons de vue, eux qui connaissent ces versants comme personne.
Le lendemain, mardi, et sur demande de la famille, nous partons nous ainsi que des bomberos, les pompiers guatémaltèques, à sa recherche. L’acatenango est immense, et entouré de canyons profonds, rendant les recherches difficiles. Personne ne retrouve l’homme, ni le premier jour, ni le second jour, ni le troisième jour.

Au lever de soleil du quatrième jour, le jeune qui nous accompagne, ainsi que son cousin, du guide qui nous raconte l’histoire, et d’un bomberos, trouvent le corps de l’homme en contrebas d’une falaise, entre El Fuego et l’Acatenango.
Ils se rendent ici peu nombreux, c’est le rêve de l’un d’entre eux sur cet endroit, la nuit dernière, qui les a amenés ici. Le reste des secours ne les ont pas crus, et ont poursuivis leurs recherches ailleurs.

Ils descendent au cœur du canyon et s’organisent pour rapatrier le corps de l’homme dans ce relief escarpé.

Lorsque notre jeune guide touche le malheureux pour le couvrir, l’explosion se produit.

La lave jaillit dans un bruit assourdissant, et de la roche volcanique est éjectée à plus de 500m de haut. Les secours ne sont pas sur le chemin de la coulée, mais d’énormes blocs de roches en fusion s’écrasent sur des centaines de mètres autour du volcan, et le ciel s’obscurcit d’une épaisse fumée noire.

Notre jeune guide et son équipe profitent d’un léger renfoncement dans le fond du canyon pour tenter de se protéger, et devront leur survie à quelques mètres de roches à l’abris du ciel, creusée par l’eau qui coule habituellement ici. Ils se font leurs adieux, persuadés que cette fois-ci El Fuego ne les épargnera pas.

Ils apprendront ensuite que plusieurs villages étaient sur le chemin de la coulée, et que nombre de familles n’auront pas eu le temps ni la chance de se mettre à l’abris.

 

Plus tard, une fois les opérations de sauvetages terminées dans les villes environnantes, les secours reviendront pour récupérer le corps.
Lorsqu’ils sont de retour, ils sont plus nombreux. 21 hommes sont déployés pour remonter la dépouille, sur un terrain particulièrement escarpé. Ils se relayeront sans relâche plusieurs heures durant, mais à chaque fois qu’ils toucheront l’homme, le volcan grognera de façon inquiétante.

Pour la famille, tout ceci sera l’œuvre du diable, et le volcan aura puisé sa puissance dans le sacrifice de cet homme pour entrer en éruption. »

Cette histoire, c’est celle de ces hommes qui travaillent autour, grâce, et avec le volcan, mais qui ont conscience que la nature restera toujours imprévisible et supérieure, elle qui a façonnée ce pays avec force, entre jungle, lacs et volcans.

Ces hommes continuent de travailler ici, de gravir chaque jour ce sommet, reconnaissants que lors de l’éruption il n’y ai pas eu plus de victimes : l’heure à laquelle le drame s’est produit correspond au moment où ceux qui descendent de l’Acatenango et ceux qui montent se croisent en bas de l’ascension.

Nous entendrons gronder El Fuego toute la nuit depuis notre tente, et finirons l’ascension de l’Acatenango en pleine nuit et au milieu des éclairs, comme pour appuyer cette histoire.

Lorsque nous demandons à notre guide ce qu’il pense de tout ceci, il aura la phrase suivante :
« Il est souvent facile de croire, mais parfois bien plus difficile de ne pas y croire. »

Cette histoire, c’est une leçon d’humilité sans pareil égale, et c’est probablement ce que le Guatemala nous aura appris de plus beau, à travers sa nature et son peuple.

NB: Nous tenions à retranscrire ce moment hors du commun pour le conserver précieusement dans nos souvenirs, et tant qu’a faire, nous avons pensé que cela pourrait plaire à certains d’entre vous de le lire, même si c’est un sacré pavé !

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premiervol

Aurore et Bastien vous proposent de suivre l'aventure TOUR DU MONDE, de l'idée, au retour en France, en passant par le premier vol en Janvier 2018.

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